Pour nous autres, jean-foutre français, italiens, et autres géorgiens, tadjiks et tamouls, il faut tout simplement reprendre à presque zéro.
Repasser son code, repasser sa conduite.
Rhâââ souvenirs-souvenirs, des petits matins d'hiver frileux, conduisant une clio diesel en tenant une conversation bas de gamme avec le prof d'auto école, l'obtention de la feuille rose, l'indépendance, rhâââ, souvenirs-souvenirs.
Eh bien, courtesy of Britiche Coloumebia... on r'met ça.

Fort heureusement, ici, pas de margoulins, de magouilles à la française, à 1000 € le permis, moitié en cash, avec formule tout compris pas cher (sauf les timbres fiscaux, les suppléments, la conivence probable avec l'examinateur-exterminateur "M. Capraro, vous êtes sur orbite ??".
Non, ici, c'est à la soviétique, tout est géré par un organisme provincial, ICBC, Insurance Corporation of Britiche Coloumebia, (prononcé, of course, "aïssi-bissi"... ) qui gère permis, examens, amendes, certifications, accidents, etc. Une sorte de Big Brother de la route.
Résultat, c'est peu dispendieux, mais il vaut mieux avoir du temps, de la patience, et ravaller son orgueil de conducteur parisien chevroné. Ici, on reprend à zéro. On peut être taxi parisien, conducteur de chameau ou pilote d'éléphant, on repasse son permis. Point. Et c'est un peu ubuesque...
Tentative d'explication : (pour ceux qui n'ont pas le temps, passer directement au chapitre suivant !!)
On peut conduire en BC avec un permis français pendant 6 mois. Sauf si on est résident permanent, auquel cas, ce délai est réduit à 3 mois.
Ok.
Problème, on ne peut passer le code, puis la conduite qu'après avoir reçu sa carte de résident permanent (quand on n'a pas eu la bonne info, on perd aussi deux visites chez ICBC. Merci les gars...).
Obtenir la carte de résident permanent prend un bon mois. Reste donc deux petits mois pour terminer le reste... Vous suivez ? Sinon, on reçoit une Learner's licence, on ne peut conduire qu'accompagné d'un parrain, et se trimballer avec un gros L au cul... bref... la joie
Le code, encore, est faisable; A condition de potasser un tout petit peu, on obtient les 80 % requis. Eviter donc d'y aller sur un coup de tête pour tenter le diable, à 78%, on est recalé. Et on perd 15 $ + une nouvelle visite chez ICBC... Hm, hm... Suivez mon regard... Ca c'est fait.
Autre chose : éviter aussi d'y aller le vendredi : c'est bondé, on attend 1 heure et demie, on finit par ne plus avoir le temps, et on a, à nouveau, fait une belle visite chez ses -nouveaux- amis de chez ICBC
Le code en poche, reste à trouver un rendez vous pour passer la conduite. Coup de théâtre à cet endroit, on doit venir passer la conduite... avec sa propre voiture ! Bien...
Les rendez vous sont bookés, en ce qui concerne mon agence, jusqu'au 20 décembre...
Alternative ? tenter d'autres agences, venir le matin à 8h pour se mettre en liste d'attente, ou aller sur le site internet et trouver un "spot" qui se serait libéré.
Ainsi fufé, hier : après avoir obtenu mon code avec brio (...), je me précipite sur internet, farfouille, et trouve un spot libre à Burnaby (banlieue est), à 8h30 pétantes...
Je m'organise, me lève dés potron minet, accompage Caroline au travail, retraverse la ville et me pointe, la gueule enfarinée au bureau d'examen...
Problème, en faisant le tour de la voiture, l'inspecteur trouve un feu de stop qui ne marche pas. L'examen est impossible... va falloir changer l'ampoule fissa fissa, et revenir se mettre sur liste d'attente.
Après avoir changé l'ampoule, attendu une bonne heure, on est heureux, c'est à nouveau notre tour.
L'examinateur, un asiatique dans la quarantaine à l'accent prononcé, et l'air peu commode, me donne quelques directives, le programme du test. Il porte des sandales de Jesus Christ avec d'épaisses chaussettes bleu marines. La classe.
Il fait grand beau, le soleil est encore bas dans l'horizon. Il met ses lunettes de soleil, et je l'imite rapidement.
Il me prévient aussitôt : "si vous portez vos lunettes de soleil, c'est votre choix, mais soyez alors certain que vous accentuerez vos contrôles, puisque je ne peux désormais plus voir vos yeux".
Argh. Il a un ton obséquieux et passablement agaçant. Ca fait 5 minutes qu'on est dans la voiture, et je me sens déjà comme Jean Claude Dusse qui n'en peut plus de devoir planter le baton. Le pauvre, il avait pourtant demandé la collègue numéro 12, Anne Laurencin. Merde.

Il me demande de lui montrer par quel geste de la main on indique qu'on va tourner à gauche, au cas où les clignotants ne fonctionneraient plus. Bon, ça c'est trouvable. Mais à droite ? Et pour dire qu'on va s'arrêter ? "ah, vous ne savez pas ? Hm. Comme ça... Continuons".
On n'a toujours pas démarré... et je sens mal l'affaire.
On se met en route. Une marche arrière et on sort du parking.
Je suis dans l'ambiance, je contrôle 5 fois mes retros, recule puis avance à 2 à l'heure.
Problème.
Quoi déjà ?
- " quand vous tournez le volant pour faire votre marche arrière, n'utilisez pas votre paume mais votre main".
- euh.... oui m'sieur.
On repart.
- "connaissez vous la limite de vitesse ici ?"
- 50
- à combien roulez vous ?
- 45
-mais votre compteur indique 60
- je sais, mais il ne fonctionne pas correctement.
- ah mais alors vous ne pouvez pas passer le test monsieur. Vous comprenez, comment je fais moi ? hein ? blablablablah...
Je me sens un peu comme Bourvil dans "Le Corniaud", murmurant in peto "on se reverra chez moi, à Carcassonne". Ouais, le Bruce Lee de l'examination, ce Fangio des bacs à sable j'aurais bien aimé le voir, se frayant une place sur le périph' en heure de pointe, ou coincé sur la place de l'étoile à 18h un soir de pluie...
A ce point, je suis presque soulagé. Le test dure une heure, et je sais pas comment j'aurais pu tenir. Sur le fond il n'a pas tort, c'est vrai. Le compteur exagère les vitesses. Bon. Il faudra que je revienne. De préférence pas avec notre vieille guimbarde. Il faudra surtout que je prenne 3 Prosac pour rester zen la prochaine fois. Si j'arrive à trouver un autre rendez vous.
Me revient alors en tête le sketch de feu Jean Yanne. "JE HAIS LES ROUTES DEPARTEMENTALES !!!!!!!Les routes départementales, c'est plein de boue et ça sent mauvais... " Universel finalement.
Pour passer ou re-passer le permis, il faut accepter de remiser toute forme d'amour propre dans sa poche. Comme avec la police, en fait, accepter l'autorité d'une personne lambda. Et c'est plus facile à 18 ans que passé 30...
4 comments:
d'autres alternatives en plus des transports en commun ou du feintage de pigeon, il y avait aussi : la réparation du compteur, le vélo, le patin à roulettes, le hors la loi total, le surf, le patin à glace, la téléportation, la réclusion ermitique intégrale et contemplative, le bateau, la marche à pied, la diligence, la 103 SP guidon Z-barre, le chameau, le NBaudet, l'avion, le pousse-pousse, la patinette, la planche à roulettes, les raquettes, le taxi, le co-voiturage, la moto, le scooter égyptien, la sonnette turque et la tringle martiniquaise... mais je m'égare
Une lecture attentive de ton dernier commentaire m'aura permis de relever la présence pour le moins incongrue d'un certain "NBaudet" (en gros, c'st moi) au beau milieu d'un salmigondis (je sais, peu usité...) de moyens de transports et autres termes abscons voire amphigouriques (je sais...). Alors forcément, je m'interroge sur ce message subliminal...Répondez, Mr Capraro !
A part ça, je me suis bien mâââré, non seulement à la lecture de ton récit, mais aussi et surtout à imaginer toute la mauvaise foi dont il t'avait fallu faire preuve pour lui sortir "Euh, oui, mais le compteur, y marche pas bien", excellent !!!
on dit érémitique, ndlr
ne dit-on pas plutôt "fly fucking" ??
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