Saturday, March 24, 2007

Fuckez Vous !

Cette invective vicieuse mais enjouée, c'est ce que lance de temps en temps Nicholas (mon "beauf", pour ceux suivent). Un remugle de français mal digéré qui me fait rire de bon coeur à chaque fois; et il en profite, le bougre. Mais "Fuckez-vous", résume aussi la valse à trois temps, le triangle "love&hate" Vancouver-Montréal-Paris.

(attention, les propos qui suivent sont hautement subjectifs et caricaturaux)

Paris /Vancouver
Vancouver quoi ? Véronique Sanson ? Le port de Vancouver ? RAS, inconnu ou presque au bataillon. Non, quand à Paris, on parle Canada, on entend forcément Québec.

Paris/Montréal
Combien de fois les futurs Vancouvérois Parigots ont-ils dû faire le topo sur Vancouver : "non, il ne fait pas -40°c toute l'année, il n'y a pas que des trappeurs, la cabane au Canada, etc." Généralement, à ce stade, quelqu'un a déjà commencé à imiter Laurent Gerra singeant Célion Dion, s'embourbant dans une litanie de "Cââlice et tabarnak" sans fin. Pour la grande majorité des Français, le Canada s'arrête à l'hiver, et à Ottawa : des cousins sympatoches mais pas forcément "fûte-fûte"(sauf peut-être Hubert Reeves) englués dans le sirop d'Erable et la neige. Comme résumé par Benoit V. (de l'Ain) lors d'un pince-fesses demeuré dans les annales : "pour les Français, le Canada c'est des filles qui chantent fort" ...



Vancouver/Paris
Pour les Vancouvérois, le Français reste bien campé dans ses stéréotypes, lui aussi. C'est un gueulard un peu crade, sophistiqué mais volontiers arrogant, buveur et infidèle notoire. "Fromage qui pue", en somme. Mais "Päärisss" et la Fwance, c'est aussi soooooooooo romantic, qu'allez, on leur passe bien.





Vancouver/Montréal
Ce qui m'a surpris, en discutant avec les indigènes d'ici, c'est de voir à quel point ce point de vue détaché, lointain et romanesque est finalement un bon compromis . Car les locaux n'ont pas forcément les québécois à la bonne. Empêcheurs de causer anglais entre eux, gaspilleurs des pépettes fédérales, indépendantistes patentés... Au final, incompréhension, pour l'essentiel. Et au delà de partager le même drapeau, la même monnaie, et certaines institutions, ce qui unit le plus Vancouver et Montréal, c'est surtout le Hockey ! Combien d'interlocuteurs m'ont lancé, après avoir capté que j'étais Français "de France" : "oh really, Goooood for Youuuuuu !!". Comme soulagés de pouvoir dès lors déverser du fiel sur leur compatriotes. Ces mêmes compatriotes qui les obligent finalement à se carrer des cours de français dès le plus jeune âge, presque sous la torture... le résultat, 25 ans après ? "Fuckez-vous" !

Montréal / Paris
S'il y a bien un terme qui semble revenir fréquemment pour évoquer les Français, c'est "Maud'zzzits". C'est dit plus ou moins gentiment, selon les circonstances, mais au delà de l'affection supposée, liée à la francophonie, il y a un peu la même image d'Epinal sur le Français, arrogant avec son accent propret et sa mine condescendante. Voir dans cette rubrique une anecdote sur le blog de Stéphane, (qui sévissait un temps sous le nom de "Cindy"). Impression confortée par la confidence d'une collègue, près de deux mois après que j'eus commencé "ma" nouvelle job : "En fait, ça va parce que t'es sympa (merci !), mais quand on m'a dit que c'était un Français qui allait prendre ce poste, j'étais pas très heureuse!".

Montréal/Vancouver
Là, j'aurai certainement besoin de l'expertise de certains commentateurs zélés, mais si je résume, pour le québécois, Vancouver c'est :
Une ville un brin pédante, une province riche mais sans âme, asiatique et un rien prétentieuse, au chaud sous la pluie alors que le reste du pays se les gèle. Le côté West Coast, sportif à outrance, les "blondes", poupounes décolorées (voir le portrait de Véronique à ce sujet)

1 comment:

Laurence said...

Moi j'ai aussi eu droit au "Française de France ? La vraie ?" - "Euh, oui..." - "Cool !" :)

Sinon, tu oublies de dire que pour beaucoup, Vancouver c'est aussi la ville de ceux qui ne marchent pas droit, parce qu'ils ne fument pas que la moquette. :P

Un livre sympa sur les à priori que les étrangers peuvent avoir sur les canadiens et que les canadiens ont les uns sur les autres, selon leurs provinces : "How to be a Canadian" des frères Ferguson.

J'aime assez le chapitre sur la politique. Page de titre : "Chapter 14: How the Canadian Government works." On tourne la page et là on peut lire : "It doesn't" - Chapter 15... Ce qui démontre que les canadiens sont les champions de l'auto-dérision (pas si cliché que ça).